Interview : Karen Avraham, présidente du conseil scientifique

Interview : Karen Avraham, présidente du conseil scientifique

Présidente du conseil scientifique d’Agir Pour l’Audition depuis 2014, le professeur Karen B. Avraham de l’Université de Tel Aviv, répond à nos questions.

Pourriez-vous nous présenter votre parcours en quelques mots ? Pourquoi vous êtes vous engagée professionnellement dans les sciences de l’audition ?

Ma carrière scientifique dans l’audition démarre en 1990, avec l’étude d’un modèle expérimental de déficience auditive similaire à l’homme nommé Snell’s Waltzer. À l’époque, nous savions peu de choses sur les gènes impliqués dans les déficiences auditives. Lorsque j’ai rejoint l’Institut National du Cancer (Etats-Unis) pour étudier les maladies humaines, mon objectif était de découvrir la cause de la surdité dans le modèle Snell’s Walter. J’étais fascinée par la structure et le fonctionnement de l’oreille interne, et la manière dont la perte d’un seul gène pouvait entraîner en cascade la perte d’audition.

Notre groupe à l’Université de Tel-Aviv s’est penché sur plusieurs questions :

  • Quels sont les gènes impliqués dans la perte d’audition ? Comment participent-ils au fonctionnement normal de l’oreille interne ?
  • Dans quelle mesure la régulation des gènes influe-t-elle sur le fonctionnement de l’oreille interne ? Comment des modifications de l’expression génique contribuent-elles à la surdité ?

Je suis également engagée et active au niveau du grand public en donnant des conférences publiques sur les causes génétiques de la déficience auditive. J’ai sensibilisé des groupes et des associations de malentendants à la génétique de la perte auditive et j’ai formé des étudiants malentendants de 3ème cycle au sein de notre université. Cet engagement a renforcé mon désir de contribuer à la science liée à la santé auditive dans le monde.

Décrivez-nous l’action et l’expertise du conseil scientifique d’Agir Pour l’Audition.

Le conseil scientifique d’Agir Pour l’Audition a pour mission d’encourager la recherche dans l’audition et les collaborations, en France tout particulièrement. C’est en renforçant les ressources et les infrastructures consacrées à la recherche que nous donnerons aux scientifiques, en particulier aux étudiants de 3ème cycle, post-doctorants et jeunes chercheurs ou médecins en début de carrière, la capacité d’approfondir la compréhension des mécanismes liés à une audition normale. Les avancées, obtenues grâce à ce soutien important, permettront aux chercheurs de développer des thérapeutiques pour préserver l’audition et traiter ou guérir les pertes auditives. Les soutiens financiers sont accordés à des laboratoires et des jeunes chercheurs après une évaluation rigoureuse des projets de recherche par le conseil scientifique d’Agir Pour l’Audition.

Selon vous, quels sont les plus grands défis de la recherche dans l’audition ?

Lorsque des traitements auront été mis au point, que ce soient des thérapies cellulaire ou génique, le plus grand défi sera d’identifier toutes les personnes atteintes de surdité. Mais avant cela, ces traitements devront être développés sur des modèles expérimentaux puis adaptés à l’homme.

Selon vous, quelle est, à ce jour, l’avancée la plus fascinante dans les sciences de l’audition ?

La découverte de la base génétique de la surdité chez les personnes souffrant de déficience auditive a été extraordinaire. Dans les années 1990, on connaissait quelques gènes seulement. Aujourd’hui, on en a découvert plusieurs centaines. La moitié des cas de pertes auditives étant liés à des modifications génétiques, ces découvertes ont aidé de façon importante les familles à comprendre pourquoi elles souffrent de surdité. Elles ont également eu des répercussions au niveau de la prise en charge médicale et du pronostic des personnes touchées et de leurs familles. Les technologies à haut débit ont joué un rôle majeur sur ces découvertes de gènes ces dernières années. En parallèle, les différentes molécules de l’oreille interne sont mises en évidence également au moyen de techniques à haut débit. Ce travail aura un impact considérable sur notre compréhension du fonctionnement de l’oreille interne en vue de développer des thérapies cellulaire et génique.

Qu’est-ce qui, en tant que présidente du conseil scientifique, vous donne le plus de satisfaction ?

L’interaction avec de grands scientifiques spécialisés dans le domaine est incroyablement riche d’enseignements. Chaque membre du conseil apporte son propre domaine d’expertise, car la science dans ce domaine regroupe des spécialités très diverses. Il est aussi extrêmement satisfaisant de découvrir quels projets de recherche vont aider la carrière professionnelle des post-doctorants et soutenir les laboratoires. Nous sommes vraiment heureux de pouvoir suivre les progrès de la recherche financée par Agir Pour l’Audition.

Quels seront les temps forts scientifiques d’Agir Pour l’Audition pour cette fin d’année ?

Nous rencontrerons enfin certains des lauréats scientifiques de l’association en octobre, ainsi que les lauréats du Prix Émergence Scientifique et du Grand Prix scientifique Agir Pour l’Audition, et nous découvrirons en avant-première les résultats de leurs travaux de recherche. Je me réjouis d’avoir la chance de rencontrer des scientifiques qui œuvrent avec beaucoup d’énergie pour l’amélioration de la santé auditive en France et dans le monde.